La Grande Guerre se termine, mais le Pontiac qui émerge en 1918 est différent de celui qui a répondu à l’appel quatre ans plus tôt. Le changement le plus douloureux est le silence. Lorsque les listes de victimes sont imprimées dans les pages de The Equity, elles représentent une soustraction permanente de l’avenir de la région. Le soldat Lee Hodgins en est l’exemple le plus frappant ; il avait 14 ans lorsqu’il a été tué. À l’âge où il aurait dû apprendre l’inclinaison spécifique de la terre de son père, il a été enterré en Europe. Les familles du Pontiac se sont retrouvées avec des chaises vides et des terres agricoles qu’elles n’avaient plus la force de travailler.
La survie sur le front intérieur incombe aux femmes. Le slogan « Les hommes doivent se battre et les femmes doivent récolter » est devenu une réalité quotidienne exténuante plutôt qu’un slogan patriotique. Les épouses et les filles quittent la sphère domestique pour se rendre dans les champs afin de sauver la récolte. Cette évolution de la main-d’œuvre a également entraîné un changement de technologie. La trayeuse mécanique et le camion à moteur ont été introduits parce qu’il n’y avait plus de mains pour faire le travail. Ces machines ont comblé les lacunes physiques laissées par les soldats, marquant le début d’une ère industrielle pour la ferme locale.
Cet effort a fini par briser l’ancien ordre politique. Le gouvernement ne pouvait plus justifier le refus de donner le droit de vote à des femmes qui, pour l’essentiel, empêchaient l’économie nationale de s’effondrer. La loi sur les élections en temps de guerre de Sir Robert Borden était une reconnaissance calculée de cette dette, accordant le droit de vote aux femmes apparentées aux hommes en service. C’était la première fois que l’État admettait que la contribution d’une mère ou d’une épouse constituait une forme de service national, créant ainsi un précédent irréversible.
Cependant, la guerre a également laissé une profonde fracture culturelle. La crise de la conscription de 1917 a monté les voisins les uns contre les autres, divisant la communauté selon des lignes linguistiques et religieuses. Pour de nombreux habitants du Pontiac, la conscription est ressentie comme une trahison de l’esprit de volontariat. Ils considèrent que le gouvernement outrepasse ses droits. Ce ressentiment atteint son paroxysme lors des élections fédérales de 1917. La région, autrefois un bastion conservateur, change complètement de poids et vote contre la conscription.
La guerre a donné à la région le droit de vote et le tracteur, mais il a fallu une génération d’enfants pour les payer. Le Pontiac a survécu, mais le coût de cette survie est toujours visible dans les noms inscrits sur les cénotaphes et dans les changements politiques qui se produisent dans la vallée de l’Outaouais.