À l’automne 1915, la réalité de la Grande Guerre s’installe lourdement dans le comté de Pontiac, mêlant les rythmes normaux de la vie rurale aux sinistres nouvelles du conflit. Le 14 octobre 1915, The Equity a noté le bref retour de plusieurs garçons de la ville – Cliff Woodley, John Landry, Mel Shouldice, Alex Ledingham et Carleton Wainman – qui étaient arrivés à la maison pour passer un jour ou deux avec des amis avant de partir pour l’Angleterre. Ils s’étaient enrôlés dans le 77e bataillon à Ottawa et devaient partir sous peu, leur départ marquant un lien tangible entre le comté tranquille et le front lointain.
À l’approche de l’hiver, les appels au soutien du front intérieur se font de plus en plus pressants. Le Fonds patriotique canadien lance des appels désespérés, rappelant au public qu’il s’est engagé à s’occuper des épouses, des mères veuves et des jeunes enfants des hommes qui sont partis à l’avant.
Pendant ce temps, les efforts locaux se sont concentrés sur de plus petits conforts vitaux. The Equity fait continuellement la promotion du Soldiers’ Tobacco Fund, rappelant aux lecteurs que 25 cents suffisent pour envoyer 50 cigarettes, un quart de livre de tabac, des allumettes et une carte postale à un soldat dans les tranchées.
Les Citizens et les Homemakers’ Clubs se sont également occupés de collecter des fonds pour les populations affamées de Belgique, dont les industries ont été étranglées par les envahisseurs allemands.
Cependant, le fardeau de la guerre n’a pas été supporté sans frictions internes, et des tensions ethniques et politiques ont parfois éclaté dans la presse. Le 18 novembre 1915, The Equity publie un article intitulé « Satan’s Work », qui condamne férocement un « démagogue » canadien-français pour avoir rouvert de vieilles blessures et présenté les Français et les Anglais comme des ennemis héréditaires.
L’œuvre de Satan.
par J. S. Brierley
Combattant côte à côte, dans la lutte la plus titanesque que le monde ait jamais connue, se battant dos au mur, aux heures les plus sombres de cette lutte, luttant pour la justice dans une Belgique ravagée, foyer de la foi catholique romaine, la France et l’Angleterre ont oublié les animosités du passé. Ce n’est pas le cas de Monsieur Henri Bourassa. Pour une raison qui échappe au commun des mortels, il choisit cette fois-ci, entre toutes, de rouvrir de vieilles blessures, de présenter les Français et les Anglais comme des ennemis héréditaires, et de parler du peuple anglais en des termes qui, dans une telle crise, ne peuvent sortir que des lèvres d’un homme qui les considère toujours comme ses ennemis, et qui se réjouit de leur sort. C’est l’oeuvre de Satan, l’oeuvre que fait cet homme influent et de haute compétence en fomentant délibérément la discorde entre ses concitoyens de souche canadienne-française. Un homme qui peut se moquer des sacrifices des Anglais, alors qu’un demi-million d’entre eux ont déjà souffert sur le champ de bataille ; un homme qui peut se réjouir de ce qu’il considère comme leur dégénérescence, alors qu’ils ont, en une courte année, jeté trois millions d’hommes dans la ligne de bataille, et que leurs navires ont régné en maîtres sur toutes les marées ; un homme qui peut faire ces choses au moment où nous, ses concitoyens d’origine anglaise, sentons que nous luttons pour notre existence même en tant que peuple, a perdu non seulement le sens de la justice, mais aussi celui de la décence commune.
Le nationaliste Armand Lavergne, qui a refusé catégoriquement l’invitation du général Sir Sam Hughes à lever un régiment pour le service outre-mer, s’est montré encore plus frustré, affirmant son opposition à ce que les Canadiens s’engagent dans des guerres autres que la défense directe du Canada

En dépit de ces tempêtes politiques, la pression locale en faveur de la main-d’œuvre se poursuit. Le numéro du 9 décembre 1915 de The Equity décrit un grand rassemblement de recrutement organisé à la patinoire de Shawville par les officiers du 77e bataillon.
La soirée s’est déroulée au son des clairons et des discours qui ont touché de nombreux cœurs, avec notamment des références poignantes à la martyre Edith Cavell. Mais les résultats sont décevants : moins d’une douzaine de recrues ont donné leur nom.
Le journal observe que les hommes hésitent naturellement à prendre une mesure aussi grave sans délibération, et déplore que l’appel du devoir semble ne concerner que les jeunes, tandis que les hommes mûrs et responsables du pays se tiennent à l’écart.
L’hésitation des hommes plus âgés contrastait fortement avec les sacrifices suprêmes déjà consentis par les garçons. Dans ce même numéro du 9 décembre, la communauté a été contrainte d’ajouter un nom au « Tableau d’honneur » de l’Empire – notre première victime locale de la guerre.
La nouvelle de la mort d’un jeune homme prometteur de la région, Irvin Wilkie, tué alors qu’il tentait courageusement de secourir un camarade blessé, est tombée.
Cher Monsieur Wilkie,
Au nom des garçons et de moi-même, de la compagnie de votre fils, je vous adresse ces quelques lignes pour vous transmettre notre profonde sympathie. Voici comment l’affaire s’est déroulée : Je me trouvais à l’extrémité de notre ligne de tranchées, lorsqu’à peu près au centre d’une tranchée, l’un de nos soldats a rampé sur le dos et a été abattu. Votre fils (que Dieu ait son âme) a immédiatement sauté par-dessus et a couru à sa rescousse, mais il a été abattu.
C’était l’un des garçons les plus brillants et les meilleurs de ma section. Jamais il n’a rouspété ni ne s’est plaint de ce qu’on lui demandait de faire. J’ai sa ceinture avec quelques insignes, que je vous enverrai dès que possible ; et si l’un de nos garçons ou moi-même pouvons faire quelque chose pour vous, soyez assuré que vous n’aurez pas à le demander deux fois.
Une fois de plus, nous vous transmettons nos plus sincères condoléances et vous disons que nous sommes tous certains que l’âme de votre fils repose désormais au ciel,
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.
SGT. H. M. MACDONALD.
Alors que l’année touchait à sa fin, la communauté a cherché à envoyer toute la chaleur possible de l’autre côté de l’océan. Avec les recettes d’une vente de nourriture et d’un déjeuner, les jeunes femmes locales ont emballé et envoyé des boîtes de Noël aux soldats de Shawville et des environs, dans l’espoir d’apporter une touche de chez-soi dans la boue des Flandres. La guerre était loin d’être terminée, mais le comté, au milieu de son chagrin et de ses divisions, s’était installé dans un rythme régulier d’endurance.
Soldats mentionnés dans The Equity
Ces noms ont été extraits de copies de The Equity par l’IA et peuvent contenir des erreurs. N’hésitez pas à nous informer si vous en trouvez à l’adresse jon@theequity.ca.
| Mentionné | Soldat / Personnel | Statut / Détails |
|---|---|---|
| 14 oct. / 9 déc. | C. Woodley et J. Landry | 77e bataillon (Ottawa). Détachés en Angleterre; ont reçu des colis de Noël de Shawville. |
| 14 oct. / 9 déc. | M. Shouldice et A. Ledingham | 77e bataillon (Ottawa). Détachés en Angleterre; ont reçu des colis de Noël de Shawville. |
| 14 oct. / 9 déc. | Carleton Wainman | 77e bataillon. Stationné à Shorncliffe, Angleterre; a écrit sur les paysages anglais et a reçu un colis de Noël. |
| 14 oct. 1915 | Sdt H. E. Brownlee | 90th Winnipeg Rifles (France). A décrit les conditions dans les tranchées : froid, manque de couvertures et bombardements intensifs. |
| 14 oct. / 18 nov. | Emmerson Paul | De Bryson; enrôlé dans le Génie de campagne canadien. Stationné à Kingston pour l'entraînement. |
| 4 nov. 1915 | Cap-C Roy Clarke | 77e bataillon; signalé en visite dans sa ville natale. |
| 4 nov. 1915 | Albert Hynes | Résident de Murrells; serait parti s'enrôler. |
| 4 nov. 1915 | E. Harris | Ancien directeur de la Shawville Academy; enrôlé dans le 77e bataillon pour des travaux de pionnier et de construction. |
| 4 nov. 1915 | Wm. H. Blakely | D'Arnprior; a décrit une imposante revue militaire de 40 000 troupes par le roi George à Shorncliffe. |
| 18 nov. / 9 déc. | Sdt Charlie McGuire | 77e bataillon. Enrôlé lors d'un rassemblement local; a reçu un colis de Noël. |
| 18 nov. 1915 | Irvin Wilkie | Mort au champ d'honneur (Flandre). Abattu par un tireur embusqué alors qu'il secourait un camarade blessé à découvert. |
| 18 nov. 1915 | Frank Armstrong | 6e corps d'ambulance (Front). A détaillé la mort héroïque d'Irvin Wilkie dans une lettre envoyée chez lui. |
| 18 nov. / 9 déc. | Dr H. T. Lippiatt | Sert dans un hôpital de base à Alexandrie, Égypte. Un colis de Noël lui a été envoyé de Shawville. |
| 25 nov. 1915 | L. Carey | Ligne de feu (Belgique). Signalé comme se reposant dans des baraques, mais ayant besoin de couvertures, de chaussettes et de gants. |
| 9 déc. 1915 | D. Draper et C. Dale | Recrutés pour le 77e bataillon lors du rassemblement à la patinoire de Shawville; ont reçu des colis de Noël. |
| 9 déc. 1915 | J. Shean, W. Deans, G. Eades | Résidents de Shawville; se sont enrôlés dans le 77e bataillon à la suite du rassemblement local. |
| 16 déc. 1915 | Mabel Hamilton | Infirmière militaire; a câblé son arrivée à bon port à Lemnos (près des Dardanelles) via l'Aquitania. |
| 16 déc. 1915 | Graham | Fils aîné de R. A. Graham (Cobden); enrôlé dans le 73rd Royal Highlanders. |
| 16 déc. 1915 | Alex V. Wilson | Autrefois de Shawville; s'est enrôlé pour le service à Barons, Alberta. |
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Nous avons utilisé l’intelligence artificielle pour résumer ce qui a été couvert dans The Equity pendant cette partie de la Grande Guerre. Cliquez sur le bouton « play » pour écouter.
Chronologie : Octobre - décembre 1915
Vous trouverez ci-dessous les exemplaires originaux de The Equity de cette partie de la guerre. Cliquez sur l’un d’entre eux pour télécharger une copie au format PDF.