L’été 1917 a apporté au comté de Pontiac à la fois de la tristesse et de la fermeté, alors que le poids de trois longues années de guerre pesait de plus en plus lourdement sur la communauté. Les pages de The Equity reflète une population à la fois endurcie par la perte et soutenue par le devoir. Les éditorialistes parlent avec une fierté solennelle des progrès du Canada dans la guerre, tout en reconnaissant que le rêve d’une victoire rapide s’est évanoui depuis longtemps. Ils appellent au contraire à la persévérance et au sacrifice, promettant qu’à force d’épreuves et de discipline, le pays accèdera à une « vie meilleure et plus élevée ». La guerre a cessé d’être un moment de crise pour devenir une condition d’existence, définissant chaque famille, chaque entreprise et chaque acte de la vie civique.
Le coût de cette existence se compte en noms et en visages. Les lettres d’Europe et les télégrammes d’Ottawa rapportent la guerre avec une régularité implacable. Les églises du Pontiac se remplissent de services commémoratifs, dont un service à Shawville en l’honneur du caporal suppléant J. J. Howard, de Green Lake, tombé à la crête de Vimy. Sa perte, comme celle de tant d’autres, a fait le lien entre la grande victoire d’avril et le deuil de petites villes situées à l’autre bout du monde. Les avis concernant les blessés paraissent côte à côte avec les notices nécrologiques : Les soldats Ben F. Smith et John Elliott sont rentrés chez eux avec les marques de la bataille ; le caporal Crawford Dolan, de Portage du Fort, a été déclaré blessé, tandis que le soldat Roy M. Knox, de Campbell’s Bay, serait en convalescence dans un hôpital à l’étranger. Chaque histoire est empreinte d’un mélange de fierté et de douleur, preuve que même le triomphe a un prix impossible à payer.
À la maison, le patriotisme prenait la forme d’un travail et d’une générosité sans faille. Les clubs de ménagères de tout le comté organisaient des soirées et des collectes de fonds, des groupes comme le Murrells H.M. Club consacrant l’intégralité de leurs recettes aux « besoins des soldats ». Même les écoliers se joignent à la cause : les élèves de Clarendon mettent leurs sous en commun pour envoyer de l’aide aux victimes de la guerre en Belgique. La vie quotidienne s’inscrit dans la campagne nationale d’économie et de conservation. En vertu de la nouvelle réglementation fédérale sur le contrôle des denrées alimentaires, les hôtels et les restaurants ont reçu l’ordre d’observer des « journées sans viande », en limitant les portions de bœuf et de bacon afin de préserver les approvisionnements pour le front. Des éditoriaux exhortent les familles à planter davantage de jardins, à mettre en conserve les fruits et les légumes, à ne rien gaspiller. La hausse des prix – en particulier des denrées de base comme les pommes de terre – fait comprendre la nécessité de l’autosuffisance. L’économie domestique est devenue une ligne de front à part entière.
Les agriculteurs de la région continuent d’assumer une part énorme du fardeau. La main-d’œuvre est rare et le travail acharné, mais l’agriculture est désormais reconnue comme une entreprise patriotique. Les politiques gouvernementales récompensent les agriculteurs qui restent à la maison pour travailler la terre, en permettant aux soldats qui rentrent au pays de prendre en compte leur service dans les fermes pour s’acquitter de leurs obligations en matière d’élevage.
Les concessionnaires de machines agricoles ont conseillé aux agriculteurs d’acheter immédiatement sous peine de subir de fortes hausses de prix l’année suivante, tandis que la compagnie de téléphone locale a commencé à facturer des pénalités pour les locations en retard – autant de petits signes montrant que même les systèmes ruraux étaient soumis à la pression de l’économie de guerre. Et même votre choix de céréales pour le petit-déjeuner devait être patriotique.
Pourtant, c’est la politique – et non les prix – qui définit le ton de cet été-là. Le débat sur le projet de loi sur le service obligatoire atteint son paroxysme, révélant des divisions qui couvaient depuis longtemps sous la surface patriotique du Canada. Les éditorialistes anglophones, reprenant la rhétorique d’Ottawa, accusent le Québec de ne pas « porter haut les couleurs » et condamnent Sir Wilfrid Laurier pour avoir « joué avec le sentiment canadien-français ».
Un article de The Equity, publié en juillet 1917, présente le débat sur la conscription moins comme un affrontement entre partis politiques que comme un profond clivage linguistique et culturel.
Le projet de loi sur la conscription
LA DEUXIÈME LECTURE A ÉTÉ ADOPTÉE À UNE MAJORITÉ DE SOIXANTE-TROIS VOIX.
Ottawa, le 6 juillet – La deuxième lecture du projet de loi sur le service obligatoire a été adoptée ce matin à cinq heures et demie par une majorité de 63 voix.
Le vote s’est fait par 118 voix contre 55.
Vingt-cinq libéraux anglophones et un libéral francophone, lors du dernier vote, votent avec le gouvernement, et seuls douze libéraux anglophones votent contre la mesure. La moitié d’entre eux viennent du Québec.
Dans le Pontiac, ces frictions sont ressenties avec une intensité particulière. Le député conservateur de la région, Gerald Hugh Brabazon, reste fidèle au gouvernement Borden et vote en faveur du projet de loi, mais il se retrouve de plus en plus isolé de ses propres électeurs.
L’amertume du débat sur la conscription est exacerbée par des actes de violence, dont l’explosion de la résidence montréalaise de Lord Atholstan, un acte largement imputé aux radicaux anti-conscription. Pour beaucoup dans le Pontiac – une région à cheval sur les deux traditions linguistiques – le conflit est profondément personnel. Les familles, les entreprises et les conseils portant des noms anglais et français tentent de concilier des loyautés de plus en plus opposées, alors même que les deux camps partagent les mêmes pertes et les mêmes angoisses.
Dans ce climat de tension, de nouvelles voix commencent à se faire entendre. L’annonce par le gouvernement d’un droit de vote limité pour les femmes – en particulier celles qui étaient mères, sœurs ou épouses de soldats – a été célébrée à la fois comme une reconnaissance du service et comme une stratégie politique visant à renforcer le soutien à la guerre. Il s’agit du premier élargissement significatif du droit de vote dans l’histoire de la région et, pour de nombreuses femmes de la région qui s’occupaient déjà des activités de la Croix-Rouge et des femmes au foyer, il s’agit d’une reconnaissance de leur rôle indispensable qui n’a que trop tardé.
À la fin de l’été, le Pontiac – comme le Canada lui-même – se trouve en terrain incertain. L’objectif de la guerre demeure clair, mais l’unité qui l’a définie commence à s’effriter. Malgré tout, The Equity continue d’insister sur la persévérance : le service, l’épargne et le sacrifice sont les piliers sur lesquels repose la victoire. À l’approche de l’automne, la guerre ne montre aucun signe de fin et les premières ébauches de conscription se profilent à l’horizon. Les mois à venir mettront à l’épreuve non seulement l’endurance de l’Empire à l’étranger, mais aussi le fragile sentiment de solidarité du pays à l’intérieur.
Soldats mentionnés dans The Equity
Ces noms ont été extraits de copies de The Equity par l’IA et peuvent contenir des erreurs. N’hésitez pas à nous informer si vous en trouvez à l’adresse jon@theequity.ca.
| Mentionné | Soldat / Personnel | Statut / Détails |
|---|---|---|
| 5 juil. 1917 | Cap-C J. J. Howard | Mort au champ d'honneur le 9 avril 1917, lors de l'attaque de la crête de Vimy. |
| 5 juil. 1917 | Graham Hennessey | Fils aîné de feu O. M. Hennessey ; signalé en route pour le service outre-mer. |
| 12 juil. 1917 | Cpl John McNally | A décrit la percée canadienne dans une lettre ; atteint le 11 avril alors qu'il servait en France. |
| 12 juil. 1917 | Sdt T. D. Fournier | Soldat de Portage-du-Fort ; inscrit comme blessé sur la liste des pertes canadiennes. |
| 12 juil. 1917 | Sdt W. A. Roy Onegl | Soldat de Portage-du-Fort ; répertorié comme blessé et porté disparu. |
| 19 juil. 1917 | Sdt John Elliott | Soldat local revenu au pays après avoir traversé l'océan quelques semaines plus tôt. |
| 19 juil. 1917 | Sdt O'Connor | De Litchfield ; revenu à la maison après avoir été blessé en France. |
| 26 juil. 1917 | Sapeur Lawrence Grant | Enrôlé à Fort William ; décédé de ses blessures le 5 juillet alors qu'il était transporté en ambulance. |
| 26 juil. 1917 | Cyril Dale | Gravement blessé à la main gauche par une balle de fusil sur le front de la Somme. |
| 9 août 1917 | C. H. C. Greentree | A démissionné de son poste de directeur de banque pour s'enrôler dans un bataillon de construction ferroviaire outre-mer. |
| 9 août 1917 | Sdt Roy M. Knox | Blessé en France ; en convalescence dans un hôpital à Leith, en Écosse. |
| 16/23 août 1917 | Sdt Ben F. Smith | A servi outre-mer avec le 77e bataillon ; retourné au Québec après avoir été invalidé en Angleterre. |
| 16 août 1917 | Cpl F. Onion | A envoyé une carte de France pour remercier le Fonds du tabac pour un don local. |
| 16/30 août 1917 | Cap-C J. W. Thomas | Signalé comme étant dangereusement malade après neuf mois de service actif en France. |
| 16 août 1917 | Cap-C Clifford Dolan | Soldat de Portage-du-Fort ; gravement blessé lors de violents combats en France. |
| 23 août 1917 | Sandford Leitch | Signalé comme étant tombé au combat le lundi de Pâques, 9 avril. |
| 23 août 1917 | Robert McKinnon | Signalé mort au champ d'honneur le matin du 3 juin. |
| 23 août 1917 | Sdt H. C. Oliver | A décrit les pertes et les conditions après avoir survécu à la crête de Vimy. |
| 23 août 1917 | W. Biscoe et R. Woollven | Soldats devant rejoindre la brigade du Sdt Oliver sous peu. |
| 23 août 1917 | Capitaine Arthur Gillies | A envoyé des armes capturées à Vimy à son père, à Carleton Place. |
| 30 août 1917 | Cpl L. H. Thomas | Signalé blessé en France peu de temps auparavant. |
| 30 août 1917 | Arthur Thomas | Soldat blessé dont l'état s'améliorerait. |
| 30 août 1917 | Capitaine aumônier J. A. Macfarlane | A reçu la visite de son frère alors qu'il servait à son poste actuel. |
| 30 août 1917 | Capitaine Dave Macfarlane | Médecin revenu de France pour une visite de deux semaines avant son redéploiement. |
| 30 août 1917 | Bombardier E. W. Paul | A envoyé une lettre de remerciement à un club de jeunes filles local pour l'envoi de chaussettes à son unité. |
| 6 sept. 1917 | Sergent McNally | Son nom figure sur les listes officielles des blessés. |
| 13 sept. 1917 | Sdt Clifton Woodley | Blessé et capturé à Ypres en 1916 ; a envoyé une photo à la maison le montrant comme prisonnier de guerre en Allemagne. |
| 13 sept. 1917 | Robin (membre de la famille) | Autrefois de North Clarendon ; serait le codétenu apparaissant sur la photo du Sdt Woodley. |
| 20 sept. 1917 | Sdt John McCorriston | Signalé blessé au combat pour une deuxième fois. |
| 20 sept. 1917 | George Madore | Homme de Portage-du-Fort ; figure sur la liste des blessés. |
| 20 sept. 1917 | Willie Brownlee | Sert dans une unité d'Edmonton ; signalé blessé au combat. |
| 20 sept. 1917 | Sdt J. A. McCuaig | Résident de Shawville ; répertorié comme étant dangereusement malade dans les rapports officiels. |
| 20 sept. 1917 | Sdt C. R. McArthur | Fils d'un ancien résident de Shawville ; signalé mort au champ d'honneur. |
| 27 sept. 1917 | Artilleur A. G. Hodgins | Affecté à la 77e batterie ; se prépare à partir sous peu pour le service outre-mer. |
| 27 sept. 1917 | Cap-C John N. Landry | Tué à Vimy en avril ; service commémoratif prévu à l'église St. Paul. |
| 27 sept. 1917 | Gerald Eades | A obtenu un congé de repos pour une durée de quelques mois. |
| 27 sept. 1917 | Sdt Macfarlane | Porté disparu depuis le 15 août, mais confirmé sain et sauf plus tard. |
| 27 sept. 1917 | Sdt Jack McDonald | Retourné à Petawawa pour poursuivre son entraînement après une visite dans le voisinage. |
| 27 sept. 1917 | Sdt James Raymond | Honoré par un poème commémoratif ; tué à la crête de Vimy le 10 avril 1917. |
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Nous avons utilisé l’intelligence artificielle pour résumer ce qui a été couvert dans The Equity pendant cette partie de la Grande Guerre. Cliquez sur le bouton « play » pour écouter.
Chronologie : Juillet - septembre 1917
Vous trouverez ci-dessous les exemplaires originaux de The Equity de cette partie de la guerre. Cliquez sur l’un d’entre eux pour télécharger une copie au format PDF.