L’hiver 1918 amène le Pontiac à un moment de grave endurance et de résolution anxieuse. Les divisions de l’année précédente sont encore très présentes, mais le ton de l’ensemble de l’armée du Pontiac reste le même. The Equity reflète une communauté désormais résignée à la guerre totale – chaque foyer s’est engagé dans le combat par la conservation, l’imposition et le sacrifice. Le patriotisme est devenu à la fois une discipline quotidienne et une attente civique. Les éditoriaux ne parlent plus de la victoire comme d’un espoir lointain, mais comme d’une épreuve de force, insistant sur le fait que seule une retenue collective permettrait au Canada de poursuivre la lutte jusqu’à son terme.
– Éditorial, The Equity, 21 février 1918
La conservation des aliments domine la vie des ménages. Le Canada est invité à fournir un cinquième de ses réserves de blé aux Alliés, et ce mandat se répercute jusque dans les cuisines locales. Les familles reçoivent l’ordre de fabriquer des « pains de guerre », en combinant le blé avec le maïs, l’avoine, l’orge ou le seigle. La rhétorique était autant morale que pratique : le gaspillage était « antipatriotique » et chaque foyer était appelé à un « engagement volontaire de sacrifice ». Le rationnement a mis ce devoir en évidence : la quantité de sucre autorisée a été fixée à une livre et demie par personne et par mois, et les substituts à la viande et aux graisses ont été largement encouragés. L’effort va au-delà de la conformité ; il devient un symbole de loyauté. Les ménagères de Shawville et de Fort-Coulonge rejoignent les Homemakers’ Clubs pour partager des recettes de farines de substitution et discuter des méthodes permettant d’étirer les ingrédients rares, faisant preuve d’une solidarité tranquille et bilingue, alors même que la politique nationale met à rude épreuve ces mêmes liens.
Recettes de pain de guerre
| Recette | Ingrédients | Instructions |
|---|---|---|
| Pain aux raisins |
1 ½ tasse de farine de seigle 2 tasses de farine graham ½ tasse de sirop de maïs foncé 1 cuillère à soupe de matière grasse levure ¼ tasse d'eau tiède ¾ tasse d'eau chaude 1 cuillère à café de sel ¾ tasse de raisins secs |
Verser de l'eau chaude sur le sirop, la graisse et le sel. Lorsque l'eau est tiède, ajouter la levure ramollie dans l'eau tiède. Ajouter la farine progressivement, en remuant bien après chaque ajout. Ajouter les raisins secs et bien mélanger. Laisser lever jusqu'à ce que la pâte ait doublé de volume. Battre. Verser dans un moule graissé. Laisser lever jusqu'à ce que le volume de la pâte ait presque doublé. Cuire à four moyen pendant environ une heure. |
| Pain de mie |
1 tasse de lait ⅝ tasse d'eau chaude 1 ⅔ tasse de chapelure sèche 1 cuillère à soupe de sirop de maïs levure 1 ½ cuillère à café de sel 1 ½ cuillère à soupe de matière grasse 1 tasse de farine graham 1 ⅓ tasse de farine blanche |
Verser le lait échaudé sur le sirop, le sel et la graisse. Ajouter 2 à 3 tasses d'eau. Lorsque le lait est tiède, ajouter la levure ramollie dans le reste de l'eau (1 à 3 tasses). Remuer ; ajouter la chapelure. Lorsque la pâte est ramollie, ajouter progressivement la farine et pétrir sur une planche farinée. Laisser lever jusqu'à ce que la pâte ait doublé de volume. Pétrir légèrement et former des pains. Laisser lever jusqu'à ce que la pâte ait doublé de volume. Cuire à four moyen pendant une heure. |
Imprimé à l’origine dans The Equity, 24 janvier 1918.
Les conseils locaux ont renforcé cet esprit de service par une générosité organisée. Le conseil de Clarendon vota une contribution de 2 000 $ à la Croix-Rouge canadienne et de 1 700 $ au Fonds patriotique canadien, des sommes considérables pour un comté rural. La collecte de fonds devient un rythme communautaire : les soirées littéraires, les matchs de hockey et les soirées sociales consacrent leurs recettes au travail de la Croix-Rouge et au Fonds du tabac pour les soldats.
Des dons ont également été recueillis pour les personnes devenues aveugles lors de l’explosion d’Halifax, ce qui a permis de relier l’œuvre de charité de Pontiac à une douleur nationale plus large. L’Equity encourage les familles à envoyer des portraits à leurs proches à l’étranger, rappelant aux lecteurs que « les photos des gens de chez nous apportent chaleur et réconfort au cœur d’un soldat ».
Les difficultés économiques s’aggravent sous la double pression de la pénurie de main-d’œuvre et de la réglementation fédérale. Avec autant d’hommes enrôlés, les fermes peinent à atteindre les quotas de production. Les autorités agricoles exhortent les fermiers du Pontiac à défier la vieille idée selon laquelle le blé ne peut pas prospérer dans le sol québécois, en mettant chacun au défi de cultiver au moins trois à cinq acres pour l’effort de guerre. La pénurie de main-d’œuvre s’étend au-delà des champs : la pénurie de bûcherons crée une crise locale du carburant, faisant grimper les prix et privant de nombreux habitants de bois de chauffage pour l’hiver.
Le décret gouvernemental sur les combustibles, qui impose la fermeture temporaire des entreprises pour économiser le charbon et l’électricité, frustre les résidents qui parcourent de longues distances pour trouver les boutiques de Shawville fermées. Pour ajouter à la pression, Ottawa introduit la Loi de l’impôt de guerre sur le revenu du Dominion, qui oblige les citoyens et les sociétés à produire des déclarations avant le 31 mars – une nouvelle intrusion de la bureaucratie du temps de guerre dans la vie privée.
La dimension humaine de la guerre est omniprésente. La mère du soldat John N. Landry, tombé à la crête de Vimy l’année précédente, a reçu son disque d’identification et une bague qu’il avait fabriquée à partir d’un fragment d’obus – un rappel douloureux de la perte et du souvenir.
Les nouvelles des blessés et des soldats de retour au pays se poursuivent : Le chauffeur Kurt L. Mackay a été déclaré blessé en France, tandis que le caporal Harold Armstrong est rentré du front avec un accueil chaleureux. Des lettres des tranchées, comme celle du sergent Jason Smart qui raconte » la boue, la pluie et l’attente interminable « , maintiennent la communauté attachée au front lointain. Pendant ce temps, l’enrôlement et le service agricole se poursuivent main dans la main : de jeunes hommes comme W. A. Craig et son fils Harry partent pour le camp militaire, tandis que d’autres, comme G. A. Howard et Nellis Hodgins, s’installent dans l’ouest pour exploiter de grandes fermes, leur travail s’inscrivant dans le cadre de la campagne nationale visant à nourrir à la fois les soldats et les alliés.
En janvier, les lecteurs de The Equity ont appris le décès du soldat Ben Carey, tué au combat en octobre 1917 lors de la bataille de Pashendale. Sa belle-sœur a reçu une lettre du front.
Chère Madame, – C’est avec un immense regret que je dois vous annoncer que le caporal B. H. Carey, no 622878, a été tué au combat le 26 octobre. Il est inutile de préciser qu’il s’est, comme toujours, acquitté de son devoir de la manière la plus vaillante et la plus efficace. C’était un sous-officier très apprécié et digne de confiance, et sa perte pour la compagnie sera douloureusement ressentie. Je voudrais que vous et les autres membres de sa famille et ses amis sachiez que vous avez la plus profonde sympathie de nous tous.
Je vous prie de croire, Madame, à l’expression de mes sentiments distingués.
HAROLD A. FOWLER, O. C. 10th C. M. G. C.
Sur le plan politique, la province de Québec reste agitée et rancunière après l’élection de 1917 sur la conscription. The Equity relate avec inquiétude les débats au sein de la législature du Québec, y compris une motion qui suggère que la province pourrait envisager la sécession si elle était considérée comme un obstacle au progrès national.
Bien que la motion soit rejetée, elle révèle la profondeur de l’aliénation. Les journaux laurentistes évoquent l’idée d’un boycott économique de l’Ontario pour protester contre le vote sur la conscription, ce qui met encore plus à mal l’unité de la fédération. Cependant, le journal met également en lumière des histoires contrastées de cohésion – comme le service de plus de cinq mille soldats indigènes des communautés algonquines et iroquoises, qui ont combattu « côte à côte dans les mêmes unités indiennes en France », un rare exemple de solidarité nationale sans ambiguïté au milieu des fractures qui se produisent ailleurs.
Fin mars, l’optimisme prudent qui avait permis au Pontiac de traverser l’hiver fait place à une sombre appréhension. La nouvelle de l’offensive allemande massive sur le front occidental fait la une des journaux. The Equity a prévenu que la situation n’était « certainement pas réjouissante ».
Les éditoriaux appellent au calme et au courage, qualifiant cette étape de « la plus critique de l’épreuve ». Ce qui avait commencé comme une saison d’économie forcée et de patience disciplinée se termina par une prière anxieuse. L’espoir que la conscription et le sacrifice puissent bientôt apporter la victoire est remplacé par la certitude que le bilan final n’est pas encore connu.
Soldats mentionnés dans The Equity
Ces noms ont été extraits de copies de The Equity par l’IA et peuvent contenir des erreurs. N’hésitez pas à nous informer si vous en trouvez à l’adresse jon@theequity.ca.
| Mentionné | Soldat / Personnel | Statut / Détails |
|---|---|---|
| 3 janv. 1918 | Thomson, Turner et les Horner | Ivan Thomson, Earl Turner, Noble Horner et Raleigh Horner ; tous de la 74e batterie, en visite en ville pour les Fêtes. |
| 3 janv. 1918 | Mlle Evelyn Brown | Première Canadienne chauffeuse dans l'armée canadienne ; sert comme conductrice et secrétaire du colonel Godson-Godson. |
| 3 janv. 1918 | Col Godson-Godson | Gravement blessé à Ypres ; occupe actuellement le poste de prévôt général des Canadiens en Angleterre. |
| 10 janv. 1918 | Caporal Ben Carey | 44e bataillon ; mort au champ d'honneur le 26 octobre 1917. |
| 10 janv. 1918 | Albert Chisnell | 10e Cie de mitrailleuses ; signalé comme étant gravement blessé. |
| 10 janv. 1918 | Sdt H. Craig | Noté comme étant en visite à la maison pour les Fêtes. |
| 10 / 24 janv. 1918 | Sgt W. J. et Cpl G. B. Carey | En service outre-mer ; une bourse leur a été remise à tous deux. |
| 10 janv. 1918 | J. C. Fitzpatrick | En service en France ; a accusé réception d'un don de tabac. |
| 17 janv. 1918 | Conducteur Earl L. Mackay | 79e batterie ; blessé et en convalescence à la base générale canadienne en France. |
| 17 janv. 1918 | Capitaine A. A. Mackay | 42nd Highlanders ; sert comme chirurgien régimentaire outre-mer. |
| 17 janv. 1918 | Cap-C Harold Armstrong | 73rd Highlanders ; blessé et de retour dans sa ville natale. |
| 17 janv. 1918 | Les frères Delisle | Otto sert dans un bataillon américain ; Bert et Walter (Loll) ont tous deux été morts au champ d'honneur en mai/juin 1917. |
| 17 janv. 1918 | Sdt Edward Nicholl | Récemment revenu d'outre-mer ; trouvé mort dans son lit à l'hôtel Ottawa, à Hull. |
| 31 janv. 1918 | Sdt John X. Landry | 4e bataillon de carabiniers montés ; mort au champ d'honneur à la crête de Vimy en avril dernier. |
| 7 fév. 1918 | Mark Ollerenshaw | Appelé sous les drapeaux en catégorie A-1, mais jugé par la suite inapte au service militaire et retourné à la vie civile. |
| 7 fév. 1918 | Sœur Mabel Hamilton | Infirmière militaire en congé pour plusieurs mois ; doit se rapporter à Kingston. |
| 28 fév. / 21 mars 1918 | Sergent Jason Smart | Outre-mer dans les tranchées ; récipiendaire de la Médaille militaire. |
| 14 mars 1918 | Lt Howard K. Reid, R.N. | Sauvé après que son navire a été torpillé ; attend actuellement ses ordres en Angleterre. |
| 14 mars 1918 | Forrest Kidney | En service actif chez les signaleurs en France. |
| 21 mars 1918 | J. E. McLellan | A joint le Royal Flying Corps ; quartier général situé au Texas. |
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Nous avons utilisé l’intelligence artificielle pour résumer ce qui a été couvert dans The Equity pendant cette partie de la Grande Guerre. Cliquez sur le bouton « play » pour écouter.
Chronologie : Janvier - mars 1918
Vous trouverez ci-dessous les exemplaires originaux de The Equity de cette partie de la guerre. Cliquez sur l’un d’entre eux pour télécharger une copie au format PDF.