Automne 1917

La fin de l’automne et le début de l’hiver 1917 ont amené le Pontiac à un point de mobilisation complète – une société transformée par la guerre, divisée par la politique et définie par l’endurance. Dans les pages de The Equity la saison est apparue comme une convergence implacable de devoirs, de sacrifices et de fatigue.

La quatrième campagne canadienne d’emprunts de la Victoire fait la une des journaux locaux, exhortant chaque citoyen – « homme ou femme, garçon ou fille » – à investir dans le triomphe de la nation. La campagne est présentée non seulement comme une obligation patriotique, mais aussi comme une nécessité économique : Le crédit du Canada soutiendra la capacité de la Grande-Bretagne à acheter le blé, le bétail et les munitions qui sortent des fermes et des usines du Dominion. L’appel est sans équivoque –  » Chaque dollar est une balle « , proclament les éditoriaux – et le Pontiac y répond avec détermination, même si les difficultés s’aggravent.

Une publicité pour les Obligations de la Victoire dans The Equity, le 1er novembre 1917.
Une publicité pour les Obligations de la Victoire dans The Equity, le 1er novembre 1917.
Une publicité pour des stylos-plumes intégrant les Obligations de la Victoire à son message. Décembre 1917.
Une publicité pour des stylos-plumes intégrant les Obligations de la Victoire à son message. Décembre 1917.

Le lien entre le front et le front intérieur est resté douloureusement vivant. Les colonnes hebdomadaires de l’Equityreprennent le rythme familier de la perte, du soulagement et du deuil. Les articles décrivent la blessure et la décoration du sergent Harry McNally pour sa bravoure remarquable à Lens, ainsi que les blessures subies par le sergent Smart, originaire du comté de Pontiac, qui avait survécu à Ypres, à la Somme et à la crête de Vimy avant d’être à nouveau frappé.

Les nouvelles des tranchées sont souvent poignantes. Les soldats Neil Held et Stanley McDonald sont tous deux blessés, tandis que le soldat Lester Lett, de Dunraven, reçoit une balle dans l’épaule. La mort du soldat Wilmer C. Armstrong dans la Somme est un autre rappel brutal que la victoire, si elle survient, sera chèrement achetée. Les dépêches d’Europe peignent des scènes de désolation – les ruines d’Arras, la boue tourbillonnante de Paradise Wood – des lieux qui n’existaient pour les lecteurs que sous forme de noms, mais des noms désormais liés à des fils et à des frères de Pontiac.

Publicités et couverture médiatique axées sur l'effort de guerre et la consommation responsable. Publié dans The Equity, octobre 1914.
Publicités et couverture médiatique axées sur l'effort de guerre et la consommation responsable. Publié dans The Equity, octobre 1914.

Sur le front intérieur, la conservation est devenue une croisade morale. Le contrôle des denrées alimentaires en temps de guerre s’étendait à toutes les cuisines, façonnant les habitudes et les valeurs. Le slogan populaire « Ne bourrez pas votre mari – bourrez votre mari » résume à la fois l’humour et les difficultés. Les ménagères sont invitées à remplacer le blé par de l’orge ou de l’avoine, et la viande par des haricots ou du poisson.

Les clubs locaux de ménagères se réunissent pour étudier les « substituts de viande et de blé », transformant la vie domestique ordinaire en une campagne d’économie patriotique. Les éditoriaux allaient jusqu’à déclarer que ceux qui refusaient de conserver étaient « aussi dangereux qu’une nuée d’espions allemands ». L’agriculture porte la même charge patriotique : les agriculteurs sont invités à augmenter leur production, à diversifier leurs cultures et à profiter de la vigueur des marchés du blé, du porc et de la laine. La guerre avait transformé la vie rurale, autrefois saisonnière et locale, en une entreprise mondiale directement liée à l’issue de la guerre en Europe.

Les changements sociaux ont suivi de près. Des soldats rentrés au pays ont commencé à apparaître dans toute la région, certains boitillant sur des béquilles, d’autres portant les blessures visibles de la bataille. Des programmes professionnels ont été mis en place pour aider ces hommes à se reconvertir dans la vie civile, offrant un espoir modeste mais significatif au milieu des décombres de la guerre. La présence des femmes dans les instances dirigeantes – en particulier dans les organisations de femmes au foyer et les comités publics – devient plus visible que jamais, renforcée par le nouveau droit de vote accordé en temps de guerre aux femmes apparentées à des militaires.

Le vote des femmes.

Les recenseurs nommés pour compiler les nouvelles listes électorales qui seront utilisées lors des élections du 17 décembre sont maintenant au travail. Les grands-mères, les mères, les épouses, les filles et les sœurs de nos soldats à l’étranger, qu’ils fassent partie de l’armée ou de la marine canadienne ou britannique, ont été investies du droit de vote pour cette élection, de même que les mères et les sœurs des infirmières des forces armées à l’étranger.

– The Equity, 6 décembre 1917

Pourtant, sous cette solidarité apparente, la tension de la division nationale se fait de plus en plus sentir. L’application de la Loi sur le service militaire – la loi sur la conscription au Canada – fracture les loyautés à travers le pays, et le Pontiac en ressent vivement les secousses. Les élections fédérales de décembre placent la question au centre de toutes les conversations.

Le nouveau gouvernement d’union de Sir Robert Borden s’est rallié à la bannière de l’unité nationale et de la victoire à tout prix, tandis que les libéraux de Sir Wilfrid Laurier se sont opposés à la conscription, arguant que le service forcé déchirerait le pays.

Dans le Pontiac, majoritairement anglophone, la rhétorique unioniste trouve un terrain fertile. Mais plus à l’ouest et au sud, dans les paroisses francophones près de Fort-Coulonge et de Quyon, la sympathie penche du côté de Laurier, reflétant la résistance plus large du Québec à la mesure. Les rapports sur les réunions de l’Union perturbées à Québec et à Montréal, et les chuchotements sur les  » sympathisants pro-allemands « , renforcent le sentiment d’aliénation entre les deux peuples linguistiques de la province.

Élections de 1917 : Candidats du Pontiac

Frank Cahill, candidat libéral Source : Wikipedia
Gerald Hugh Brabazon, député conservateur Source : Wikipedia
Frank Cahill, candidat libéral Source : Wikipedia
Frank Cahill, candidat libéral Source : Wikipedia

La nomination de Frank Cahill en octobre a immédiatement suscité une vive réaction de la part de la Commission européenne. The Equity soutenant fermement le gouvernement de l’Union et son candidat conservateur, le journal a utilisé sa tribune pour contester la rhétorique de M. Cahill dès le début, comme le montre cet éditorial du 25 octobre :

En parlant du gouvernement d’union récemment formé à Ottawa, et qui est considéré comme l’une des réalisations les plus importantes dans les annales de l’art de gouverner au Canada, M. Cahill a déclaré qu’il s’agissait d’un « coup monté », conçu dans le seul but de « gagner les élections ». Si l’on considère le personnel et les antécédents politiques des hommes qui se sont joints à Sir Robert Borden pour rendre l’union possible, il est difficile de voir où M. Cahill trouve ses raisons pour affirmer que l’union n’est pas un problème. Toutefois, qu’il ait raison ou tort de supposer que cette prétendue machination a été mise en place dans le but de gagner les élections, il ne sera pas très réconfortant ou encourageant pour lui de se rendre compte, comme il doit le faire, que le gouvernement d’union selon les grandes lignes définies dans le manifeste de Sir Robert Borden, récemment publié, se trouve sur la voie qui mène à la victoire.

– Éditorial, The Equity, 25 octobre 1917

Alors que The Equity avait déjà rejeté la rhétorique de M. Cahill comme étant du « baratin politique bon marché », les chiffres de l’élection ont révélé un changement massif dans le Pontiac. Le journal est forcé de reconnaître que la circonscription n’est plus le bastion conservateur anglophone qu’elle était auparavant. En présentant la victoire comme une conséquence de l’expansion du Canada français plutôt que comme un mandat politique, l’éditorial a subtilement fait passer le résultat local pour une aberration – un cas où le Pontiac s’est rangé du côté du mouvement  » Solid Quebec  » de Sir Wilfrid Laurier, plutôt que du côté de la vague unioniste qui balayait le reste du Dominion.

L’éditorial reflète ce décalage avec un mélange de surprise et d’accusation démographique :

Il faut toutefois se rappeler que les conditions ont grandement changé depuis cette époque. Pour les besoins du gouvernement fédéral, cette circonscription électorale englobe non seulement le comté de Témiscaming (exclusivement canadien-français), mais aussi la nouvelle colonie située le long du chemin de fer transcontinental… Conformément à l’idée préconçue, mais erronée, qu’un « Québec solide » derrière Sir Wilfred Laurier remettrait les rênes du gouvernement entre ses mains, les deux sections mentionnées se sont facilement alignées dans le balayage général.

– Éditorial, The Equity, 27 décembre 1917

À la fin de l’année, le comté de Pontiac est à la fois uni et divisé – uni dans le sacrifice, divisé dans les sentiments. Le quatrième emprunt de la Victoire avait atteint son quota ; le gouvernement de l’Union avait gagné les élections pour la guerre ; mais le prix à payer était un esprit national fracturé et une province en désaccord avec elle-même. Le sentiment de triomphe est tempéré par le chagrin et la désillusion, alors que les familles accueillent les blessés tout en pleurant ceux qui ne reviendront jamais.

À l’approche de 1918, la promesse de la victoire finale se profile, mais aussi la question de savoir quel type de pays émergera une fois que les armes se seront tues.

Soldats mentionnés dans The Equity

Ces noms ont été extraits de copies de The Equity par l’IA et peuvent contenir des erreurs. N’hésitez pas à nous informer si vous en trouvez à l’adresse jon@theequity.ca.

Mentionné Soldat / Personnel Statut / Détails
4 oct. / 13 déc. Cap-C John N. Landry Mort au champ d'honneur à la crête de Vimy.
4 oct. 1917 Sergent Harry McNally Blessé au dos et au bras droit ; décoré de la Médaille militaire.
4 oct. 1917 Sgt d'é.-m. Ed. E. Kelley Actuellement en convalescence à la suite de blessures reçues au service.
4 oct. 1917 Jack Lumsden Sert auprès du Y.M.C.A. ; s'était auparavant enrôlé dans la 6e artillerie de campagne.
4 oct. 1917 Major Owen Décédé ; a reçu une décoration posthume.
4 oct. 1917 Major Douglas Hamilton En service ; remarqué pour avoir perfectionné un dispositif de lutte contre les sous-marins.
11 oct. 1917 Cap-C Locquell Signalé comme étant actuellement en service.
18 oct. 1917 Sergent H. Smart Signalé blessé au combat.
18 oct. 1917 E. Smart Blessé à la bataille d'Ypres ; sert actuellement comme commis ambulant des postes ferroviaires.
18 oct. 1917 Cavalier Potts Blessé ; décoré de la Croix de Victoria pour avoir sauvé un camarade.
18 oct. 1917 Soldat Andrews Inscrit sur la liste des blessés.
18 oct. 1917 Sgt-Maj Stubbing Signalé comme effectuant son service de nuit.
18 oct. 1917 Artilleur William MacLean En service ; décoré de la Médaille militaire pour bravoure.
18 oct. 1917 Lieutenant Herald D. Murphy Blessé et capturé par les forces ennemies.
18 oct. 1917 Major G. B. Murphy Signalé comme étant actuellement en service.
18 oct. 1917 Sdt Duncan R. Draper Mort au champ d'honneur en France.
25 oct. 1917 Lieutenant John Argue Sert dans les opérations de foresterie en Angleterre.
1 nov. 1917 Lieutenant C. E. En service ; décoré de la Croix militaire.
1 nov. 1917 Capitaine Giulio Laureati Sert dans l'aviation italienne.
1 nov. 1917 Lieutenant Marchal Sert dans l'aviation française.
22 nov. 1917 Sdt C. F. Amm Signalé comme étant gravement malade.
22 nov. 1917 Sdt Geo. Whelen Blessé au combat (bras droit).
22 nov. 1917 Sgt-av Alexander Boyd Prisonnier de guerre ; condamné à l'emprisonnement par ses ravisseurs.
22 nov. 1917 V-Amir. William S. Sims Assure le commandement des forces navales américaines.
22 nov. 1917 Sgt-tireur W. J. Carey De retour au Canada pour des soins médicaux.
22 nov. 1917 Général Maude Décédé ; mort de maladie et des privations de la campagne.
22 nov. 1917 Soldat Smith Signalé comme étant actuellement en service.
22 nov. 1917 Soldat Cameron Signalé mort au champ d'honneur.
22 nov. / 6 déc. Colonel Herbert Mackie En service ; élu candidat unioniste.
22 nov. 1917 Lt-Col White En service outre-mer avec un bataillon de foresterie.
29 nov. 1917 Sdt E. G. Amy Invalide de façon permanente ; de retour au Canada.
29 nov. 1917 Soldat Lester Lett Blessé au combat pour la deuxième fois.
29 nov. 1917 Sdt Ernest Finan En service ; vient de partir pour son affectation.
29 nov. / 20 déc. F-M Sir Douglas Haig Signalé comme étant actuellement en service.
29 nov. 1917 Lieutenant C. M. Bayne Signalé mort au champ d'honneur.
29 nov. 1917 Colonel E. D. Swinton En service ; considéré comme le « père du char d'assaut ».
29 nov. 1917 Cap-C Keep Inscrit au tableau militaire.
29 nov. 1917 Sdt J. K. Shepherdson Inscrit au tableau militaire.
29 nov. 1917 Sdt J. T. Harris Inscrit au tableau militaire.
29 nov. 1917 Lieutenant Bruce Leitch Décédé ; signalé comme victime d'un meurtre domestique.
29 nov. 1917 Arthur Shaw Signalé comme étant actuellement en service.
29 nov. 1917 Claude Shaw Blessé, mais récemment retourné au front en France.
6 déc. 1917 Soldat Neil Reid Blessé au combat (cuisse droite).
6 déc. 1917 Soldat Stanley Reid Blessé au combat (bras droit et flanc).
6 déc. 1917 Rév. Wilmer C. Armstrong Signalé mort au champ d'honneur sur la Somme.
13 déc. 1917 Sdt Stewart Crawford Inscrit parmi les blessés au combat.
20 déc. 1917 Sdt Frank E. Armstrong Mort au champ d'honneur en France.
27 déc. 1917 Soldat Reynolds Signalé comme étant actuellement en service.
27 déc. 1917 Soldat Henry Morgan Signalé comme étant actuellement en service.
27 déc. 1917 Lt-av Guynemer Abattu et mort au champ d'honneur.
27 déc. 1917 Capitaine von Richtofen Signalé gravement blessé.
27 déc. 1917 Lieutenant Werner Voss Abattu et mort au champ d'honneur.
27 déc. 1917 Lt-av Wisseman Signalé mort au champ d'honneur.
27 déc. 1917 Général Pétain Signalé comme étant actuellement en service.
27 déc. 1917 Lt-Col C. Crewe Read Signalé comme étant rétabli de maladie.
27 déc. 1917 Ben Carey Mort au champ d'honneur en France.

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Nous avons utilisé l’intelligence artificielle pour résumer ce qui a été couvert dans The Equity pendant cette partie de la Grande Guerre. Cliquez sur le bouton « play » pour écouter.

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Chronologie : Octobre - décembre 1917

Vous trouverez ci-dessous les exemplaires originaux de The Equity de cette partie de la guerre. Cliquez sur l’un d’entre eux pour télécharger une copie au format PDF.

October 4, 1917

October 11, 1917

November 01, 1917

November 22, 1917

November 29, 1917

December 6, 1917

December 13, 1917

December 20, 1917

December 27, 1917

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